Musée de la Bande Dessinée

ARC-3011_Atelier V_A2025_Claude Fugères

Le Musée de la bande dessinée s’appuie sur un parallèle entre architecture et narration graphique. À l’image du découpage d’une planche, le projet construit l’expérience du visiteur par une succession d’espaces qui structurent le regard, le rythme et la perception du temps. L’architecture ne se contente pas d’abriter l’exposition, elle en prolonge le langage. Chaque volume agit comme une case tridimensionnelle, et le parcours devient un récit spatial où le mouvement du corps remplace le tournement de page.

Le projet s’implante sur l’îlot Saint-Vincent-de-Paul, à Québec, en bordure d’un dénivelé marqué reliant la haute et la basse-ville. Dominé par l’infrastructure routière, notamment l’autoroute Dufferin-Montmorency et l’avenue Honoré-Mercier, le site présente un contexte où l’échelle automobile prend le dessus sur l’expérience piétonne. La topographie, avec un dénivelé d’environ cinq mètres, devient un moteur de conception. Elle structure les accès, génère des paliers successifs et permet d’inscrire le projet dans une continuité verticale. En réponse au manque d’espaces verts publics de qualité, les toitures végétalisées prolongent le sol et transforment le bâtiment en paysage accessible.

La séquence muséale se déploie sur plusieurs niveaux, où chaque salle correspond à un moment narratif distinct. Les escaliers deviennent des intercases, des espaces de transition marquant une pause, une suspension, un passage d’un univers à un autre. Le hall d’entrée, en double hauteur, agit comme amorce du récit, tandis que les ateliers, la BDthèque et l’auditorium gravitent autour de ce noyau public. Les espaces de création, situés au sommet, forment un lieu de retrait, isolé du flux principal, dédié à la concentration et à la production artistique.

Le projet aboutit à une architecture séquentielle où forme, programme et parcours sont indissociables. À l’extérieur, des panneaux préfabriqués de calcaire local inscrivent le bâtiment dans le contexte québécois par leur minéralité et leur durabilité. À l’intérieur, une structure en CLT apparent apporte chaleur, lisibilité constructive et performance environnementale en réduisant l’empreinte carbone. Le dialogue entre pierre et bois marque symboliquement le passage de la ville à l’univers narratif du musée. Ainsi, le bâtiment devient lui-même une bande dessinée construite, une succession d’espaces qui, mis en relation, donnent naissance à une expérience continue et immersive.